Notre séjour au coeur du territoire Mapuche du Chili se termine avec un évènement qui restera un temps fort de notre voyage autour du monde. Nous avions évoqué notre souhait de compenser une partie du bilan carbone de notre voyage avec la plantation d’arbres dans le cadre d’un projet militant. Nous avons trouvé avec la communauté Mapuche de Chilkoko (8 familles au total) tout le sens de cette promesse… et bien au-delà.

C’est avec l’aide de notre ami Eugenio Salas et du directeur régional de la CONAF (personnellement très impliqué dans la cause Mapuche) que notre route à croisé la réalité de ces familles qui luttent depuis 2006 pour la récupération de leur terre, celle qui les a vu naître et dont il ont été chassés en 1961 pour laisser la place aux multinationales forestières qui occupent 1 000 000 d’hectares dans tout le Chili. Ces dernières exploitent des forets entières de pins et d’eucalyptus pour la transformation en cellulose, la pâte à papier ou le bois pour la construction. Force est de constater que ces entreprises ne paient aucun impôt, contaminent la terre et les nappes phréatiques avec les engrais utilisés, assèchent les sols et créent misère et désolation sur leur passage. Les paysages laissés après l’exploitation des arbres ressemblent à des champs de batailles et les familles Mapuches survivent dans des conditions inhumaines au milieu de ces exploitations.

La communauté de Chilkoko a fait le choix de récupérer leur terre en 2006, contre vents et marées, et lutte, comme des centaines d’autres, pour récupérer officiellement ce territoire dont ils sont les héritiers légitimes et légaux. En effets, ils sont pour la plupart détenteurs de registres datant de la fin du 19eme siècle informant des limites du territoire Mapuche et des communautés y vivant. Or, l’état Chilien ne reconnait pas ces titres et le tout ce joue devant les tribunaux en marche forcé pour les familles mais dans une lenteur administrative insupportable.

Ainsi, et avec le soutien de la CONAF (l’équivalent de l’ONF en France), nous avons remis 190 arbres natifs à la communauté dont 30 ont été plantés symboliquement… dans l’attente du mois d’avril, propice aux plantations dans le calendrier agricole. Un espace total de 2 hectares a été annexé à proximité d’une lagune sacrée qui se dessèche un peu plus chaque année. Ainsi, nous avons travaillé deux jours pour déboiser, tronçonner, nettoyer et planter les premiers arbres natifs de la communauté en bordure d’une exploitation de plusieurs centaines d’hectares.

Les arbres remis sont principalement les suivants : RAULI (Nothofagus alpina), CANELO (Drimys winteri), QUILLAJA (Quillaja saponaria Mol.), BOLDO (Peumusboldus)

La répression des communautés Mapuches est une réalité que nous l’avons vu de nos propres yeux. Alors que nous étions en train de finaliser la plantation des derniers arbres, deux patrouilles de la police sont arrivées sur place suite à une dénonciation de notre acte par un agent de sécurité payé par les entreprises forestières pour la surveillance des exploitations. La tension est très vite montée et nous avons frôlé l’arrestation du Lonko (chef de la communauté), du président du comité des Lonkos de la région et de notre ami Eugenio. D’après le Lonko, sans l’appui de la CONAF (organisme d’état) et peut-être notre présence étrangère avec un appareil photo filmant la scène, la situation aurait pu se compliquer sérieusement. Nous avons toutefois pu finaliser notre intervention mais ce que nous avons vécu montre la fragilité de la situation et le combat inégal entre les multinationales et les communautés.

Nous avons ouvert un nouvel espace de 500 m2 au bord de cette lagune sacrée pour la communauté de Chilkoko avec 190 arbres; mais notre souhait est de planter la totalité des 2 hectares déjà récupérés d’ici au mois de juin 2015 et de poursuivre l’année prochaine de l’autre côté du lac avec 4 hectares supplémentaires. La communauté est prête et souhaite s’engager sur cette voie car ces arbres sont ceux des générations de demain.

Sachant qu’il est possible de planter 350 arbres à l’hectare, nous lançons un nouveau défi avec une proposition d’achat collectif  d’1 ou plusieurs arbres afin d’arriver à 500 arbres supplémentaires d’ici au mois de juin et 1 400 arbres d’ici à l’année prochaine. Chaque arbre natif coût 2 000 $ chilien, soit 3 euros environ.

Nous partageons avec vous le déroulé de cette plantation dont nous sommes tous et toutes très fiers. Comme je l’évoquais dans un article précédent, notre souhait est d’aller au delà en créant, avec le soutien d’Eugenio et le département régional de la CONAF, un fond se soutien pour la plantation à destination des communautés Mapuches qui en feront la demande sur la base de critères bien établis (caractère d’urgence, projet à dimension familiale, impact écologique avéré ou reboisement d’un espace sacré)

Les personnes qui souhaitent en savoir plus sur ce projet peuvent se manifester via le blog, facebook ou notre mail afin d’échanger plus longuement sur le sujet : lespasseursdecultures@gmail.com

Merci d’avance et bonne découverte !